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Précisions sur mon statut

Quelques précisions....

Un passage de mon portrait dans Le Monde, comportant une inexactitude, a amené des demandes de précisions sur mes activités universitaires, depuis ma prise de fonction à l'Institut Henri Poincaré, en 2009, jusqu'à mon élection à l'Assemblée nationale, en 2017. Très conscient de mon devoir de transparence, je saisis l'occasion pour répondre à ces interrogations et aux autres qui pourraient se poser sur le même thème.

  • Mon statut actuel

En 2017, au lendemain de mon élection à l'Assemblée nationale, j'ai démissionné de mon mandat de directeur de l'Institut Henri Poincaré (IHP), comme je m'y étais engagé durant ma campagne. J'ai conservé mon poste à l'Université Claude Bernard Lyon 1 (UCBL), ce qui ne pose aucun conflit d’intérêt au vu de l’indépendance constitutionnelle des professeurs d’université. Mon intention initiale, en accord avec la Présidence de Lyon 1, était de garder un salaire réduit au minimum, avec des activités de recherche et enseignement en fonction de mes disponibilités ; cet accord avait été indiqué dans ma déclaration à la Haute autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP) et visé par la déontologue de l’Assemblée nationale. Cependant, après rediscussion avec le Président de Lyon 1, pour garantir aussi bien une totale confiance de la part des citoyens, qu’une totale liberté dans mon exercice de député, nous avons décidé que tout en gardant mon affiliation universitaire, je ne recevrais aucun salaire (statut de détachement auprès de l’Assemblée).

  • Mon statut de 2009 à 2017

J’ai été recruté en 2009 au poste de directeur de l'Institut Henri Poincaré (IHP), alors que j'étais professeur à l'École normale supérieure de Lyon (ENSL) et membre de l'Institut universitaire de France (IUF). Les discussions sur les conditions de ce poste ont fait intervenir le Ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche, ainsi que les deux tutelles de l’IHP, à savoir le CNRS et l’Université Pierre et Marie Curie (UPMC, ex Paris 6). J’ai raconté tout cela dans mon ouvrage Théorème vivant (Grasset, 2012).

En deux mots, comme il était important pour moi de garder l’identité scientifique lyonnaise avec laquelle j'avais fait une partie fondamentale de ma carrière, l’essentiel de mon salaire restait assuré par un établissement lyonnais : l’ENSL la première année, et l'UCBL ensuite (les deux établissements étant liés par des séminaires communs, et rassemblés au sein de l'Université de Lyon). Ce salaire d’enseignant-chercheur était complété par des primes administratives du CNRS et de l'UPMC, qui m’avaient proposé un statut de « délégation de 4 ans1 auprès de l'Université Paris 6 » (lettre cosignée par le CNRS et l'UPMC, mars 2009).

Une solution administrative plus simple aurait consisté à effectuer une mutation vers l’UPMC et à compléter par des primes administratives. Mais la solution retenue m'a permis de continuer à participer à la vie universitaire lyonnaise, et de faire comptabiliser ma médaille Fields, en 2010, dans les classements internationaux, pour moitié à Paris et moitié à Lyon (ENSL), alors qu'elle aurait, sinon, compté à 100% pour Paris. Le salaire lyonnais participait bien à toutes les facettes de mon activité : recherche, enseignement (encouragé même si aucune obligation de service n’était imposée), administration, formation, diffusion des sciences ; et la prime s'y ajoutait pour tenir compte de la lourdeur particulière de la charge d’administration.

Durant toutes ces années, mes documents de communication (lettres, courriels, cartes de visite, site Internet, articles etc.) portaient en conséquence la double identité parisienne et lyonnaise : « professeur de l'Université de Lyon et directeur de l'Institut Henri Poincaré (CNRS/UPMC) » ou une formule équivalente.

  • Mon action de 2009 à 2017

Administration de l’IHP

Je suis fier des accomplissements de mon mandat à l'IHP, qui dépassent très largement la feuille de route initialement tracée. Deux nouveaux départements (audiovisuel et communication) ont été créés ; l'attractivité des trimestres de recherche (mesurée en nombre de propositions déposées par des organisateurs extérieurs) a doublé ; de nouveaux programmes de recherche ont été initiés, en particulier un programme de courts séjours mathématiques. Un Laboratoire d'excellence (Labex) a été créé pour regrouper les quatre instituts nationaux en mathématique, et j'en ai assuré la coordination; un Fonds de dotation a été créé pour recueillir des fonds privés pour l'IHP, et j'en ai assuré la présidence; l'ensemble des sommes recueillies par ces deux instruments a représenté un financement supplémentaire d'une dizaine de millions d'euros, au service de la recherche mathématique et de la diffusion des sciences, et ces financements continueront selon toute vraisemblance.

Durant mon mandat, avec le soutien de deux directeurs adjoints successifs, l'IHP s'est investi dans de nouvelles formules de partage des sciences avec les citoyens: production de courts et longs métrages de qualité (les premiers films de son histoire), chaîne YouTube, mise en place de cinq expositions scientifiques à succès (Évariste Galois, Sophie Germain, Alan Turing, Henri Poincaré et surtout Claude Shannon), publication de deux ouvrages grand public, fondation du programme de recherche Holo-Math en réalité augmentée, développement de chasses au trésor pour les plus jeunes... Des partenariats réguliers ont été amorcés avec des institutions variées (Mairie du Cinquième arrondissement, Mairie de Paris, Région Île-de-France, Fondation Cartier pour l'art contemporain, Conservatoire national des arts et métiers, etc.). Un Ciné-Club a été créé en partenariat avec le Cinéma Grand Action: il n'a pas désempli et en est à sa cinquième saison.

Une extension a également été programmée pour l'IHP, avec la rénovation d'un bâtiment historique sur le Campus Pierre et Marie Curie: c'est un projet de très longue haleine, qui doublera la surface disponible pour la recherche, et installera au cœur de Paris un nouveau centre de médiation scientifique, la "Maison des Mathématiques". Lancé en 2011, ce projet doit aboutir en 2020; il a fait réfléchir et travailler des centaines de personnes, a comporté un concours d'architecte, demandé la collecte d'une quinzaine de millions d'euros de subventions publiques variées. Il s'agira de la plus importante mutation de l'IHP depuis sa création... inutile de dire que tout cela a demandé des efforts considérables dans la durée, et que les personnels de l'IHP ont fait un travail admirable pour rendre cela possible.

En février 2017, le secrétaire d'État à l'enseignement supérieur et à la recherche, Thierry Mandon, et le commissaire général à l'investissement, Louis Schweitzer, choisissaient l'IHP pour organiser l'annonce officielle du prolongement du programme national de Labex : nous y avons vu une marque de reconnaissance publique des énormes progrès réalisés par notre institution. Quelques mois plus tard, en fin de mandat, je recevais une lettre de remerciement chaleureuse adressée par l'UPMC et le CNRS; c'est avec fierté que je la publie en complément de cette note.

Recherche

Entre 2009 et 2017, ma bibliographie compte une quinzaine de publications. Sont en particulier parus, avec ma signature Lyon 1, trois travaux qui comptent parmi les meilleurs que j'aie écrits : mon très long article sur l'amortissement Landau, en collaboration avec C. Mouhot, paru à Acta Mathematica, qui a été à l'origine de ma médaille Fields; un article sur les déformations des sphères riemanniennes, en collaboration avec A. Figalli et L. Rifford, paru dans l'American Journal of Mathematics (pour les amateurs, c'est la revue où est paru le très célèbre article de John Nash sur la régularité parabolique); et un exposé au séminaire Bourbaki (sans conteste le plus prestigieux séminaire de France), paru en 2017. À cela s'ajoutent plusieurs centaines d'exposés, cours et séminaires de niveau recherche, dans des colloques spécialisés, donnés sur tous les continents.

Parmi les distinctions universitaires qui m'ont été décernées, toujours avec mon rattachement à l'Université Lyon 1, je citerai le Prix Peano de l'Université de Turin (2013), la médaille Pie XI de l'Académie pontificale (2014), le Diplôme honoris causa de l'Université du Chili (2015), le Prix Joseph L. Doob de l'American Mathematical Society (2014; ce prix récompense, tous les trois ans, la meilleure monographie mathématique). Pendant la même période j'ai été élu à l'Académie des sciences (2013) et à l'Académie pontificale (2016); j'ai également été recruté au Conseil scientifique de la Commission européenne (2015-2017).

Organisation de la recherche internationale

Durant toute la durée de mon mandat à l'IHP, j'ai continué mes activités d'éditeur à Inventiones Mathematicae (unanimement considérée comme l'une des cinq meilleures revues de mathématique du monde) et de co-éditeur en chef au Journal of Functional Analysis. Malgré les difficultés d'emploi du temps, j'ai pu exercer ces deux activités au même niveau de charge que mes collègues éditeurs; c'est ainsi que pour Inventiones Mathematicae j'ai géré pendant cette période près de 500 articles.

J'ai eu le privilège d'être membre, de 2013 à 2015, du jury du Prix Abel, sans doute le plus prestigieux de tous les prix mathématiques internationaux. L'ampleur de la tâche et le caractère restreint du jury (5 personnes) confèrent à cette charge une responsabilité considérable.

J’ai également participé à la gouvernance d’institutions d’enseignement supérieur en Afrique, dans les conseils scientifiques de l’African Institute of Mathematical Sciences (AIMS) et du centre d’excellence africain en mathématique au Bénin, financé par la Banque mondiale.

L’enseignement

En ce qui concerne mon activité d'enseignement universitaire, l'accord passé en 2009 mentionnait que je n'avais aucune obligation de service étant donné la charge afférente à la direction de l’IHP, même si j'étais naturellement le bienvenu pour dispenser des cours, à Lyon comme à Paris, en fonction de mes disponibilités. C’est ce que j’ai fait : en particulier cinq cours doctoraux complets à Lyon 1 (un cours = environ une douzaine de séances de deux heures), préparés spécialement pour l'occasion et portant tous sur des sujets différents : théorie des équations de Vlasov-Poisson (2011), méthode de Newton et de Nash-Moser (2012), plongements isométriques (2013), déformations de surfaces (2014, 2015), courbure de Ricci synthétique (2017); le dernier thème ayant fait l'objet d'un colloque co-organisé avec mon collègue de l'UCBL, Ivan Gentil. Je dois avouer que préparer un cours nouveau presque à chaque fois a été une gageure! Cependant, cet effort n'était guère par rapport au MOOCde niveau master que j'ai conçu et dirigé en 2015-2016 avec mon collègue Diaraf Seck (Université Cheikh Anta Diop, Dakar). Coordonné à l'UCBL, tourné à Paris et Dakar, enrichi à Nice, monté à Paris, partagé sur la plateforme France Université Numérique (FUN) avec le soutien du Ministère, ce projet, particulièrement long pour un MOOC (environ 17 heures de vidéo, 200 pages de notes écrites), a fait travailler une petite dizaine de personnes. J'y ai appris que la préparation d'un MOOC demande à un enseignant au moins cinq fois plus de travail qu'un cours classique; mais je ne regrette pas d'être entré dans le club fort restreint de ceux qui ont essayé, et je me souviens avec bonheur des heures passées à répondre aux questions des étudiants sur le forum du cours !

J'ai aussi dispensé des cours de master dans d'autres parties du monde, en tant que professeur invité, en particulier en Afrique : Bénin, Sénégal, Cameroun -- un cours chaque année entre 2011 et 2017. À cela s'ajoute un cours de niveau recherche à l'Institut des hautes études scientifiques en 2016.

En ce qui concerne mon activité d'encadrement de thèse, deux de mes étudiants ont soutenu des thèses brillantes durant mon mandat à l'IHP : Thomas Gallouet à Lyon (2012) et Max Fathi à Paris (2014). Le premier a été recruté chargé de recherche à l’Inria en 2017 et le second chargé de recherche au CNRS en 2016. L'un et l'autre poursuivent de belles carrières.

La vulgarisation

Mon activité de vulgarisation (qui est maintenant reconnue par la loi comme l'une des missions des enseignants-chercheurs) s'est démultipliée après la médaille Fields, et a compté entre autres des centaines d'exposés mathématiques dans des établissements publics en France et à l'étranger : établissements d'enseignement depuis l'école primaire jusqu'aux écoles d'ingénieur, universités, centres de sciences, prisons, etc. Multiforme, cette activité a été très visible et je ne chercherai pas ici à la détailler. Une partie notable de cet engagement a eu lieu à Lyon, en particulier, au niveau institutionnel, par mon implication dans la création de la Fondation Blaise Pascal, consacrée à la culture mathématique au niveau national, dont je suis resté l'un des administrateurs.

  • Rémunérations

Entre 2009 et 2017, mon salaire a évolué avec mon avancement universitaire, mais la médaille Fields n'a pas eu d’influence salariale directe, non plus que les évolutions de mes fonctions administratives : pas de prime pour la coordination du Labex CARMIN, pas de prime pour la présidence du Fonds de dotation de l’IHP. Mon salaire moyen, primes d’administration comprises, sur les cinq dernières années a été d’environ 7900 euros net mensuels.  

Toutes les sommes que j'ai perçues durant ces cinq dernières années, que ce soit en salaires ou en activités complémentaires (ouvrages, conférences rémunérées, activités de conseil, production de DVD, etc.), ont été déclarées, avec la plus grande précision que je pouvais, à la Haute autorité de transparence pour la vie publique (HATVP), conformément à la Loi Sapin II, et publiées sur le net. La précision de la déclaration a même suscité des commentaires amusés en ligne...

Au final, durant la période de mon mandat à l'IHP, ce sont les droits d'auteur de Théorème vivant qui ont représenté pour moi la plus importante source de revenus complémentaires.

  • En conclusion

Toutes les informations données ci-dessus sur mon activité de directeur, de chercheur, d’enseignant, d’organisateur et de vulgarisateur sont facilement vérifiables. Je reste naturellement à disposition si de nouvelles demandes de précisions se manifestent.

 

 

1La durée de 4 ans correspondait à un mandat de directeur d'une « Unité mixte de service », ce qui est l'un des rôles de l'IHP. Ce mandat a été renouvelé par le Conseil d'administration de l’IHP pour un total de 8 années (sur un maximum possible de 10).

 

 

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